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RDV numérique 2026 : l’IA au service de la transition numérique, de la pêche et de l’urbanisme

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Auteur(e)

  • Edith-Anne Murray est chroniqueuse pour Culturemania. Elle est spécialiste en gouvernance de l'IA, gestion de projets et responsabilité organisationnelle. Elle aborde l'adoption de l'IA sous l'angle des structures d'autorité et de surveillance plutôt que sous un angle purement technique. Elle est auteure du livre Devrait-on utiliser l'IA de cette façon? et créatrice d'Aude, une plateforme de gouvernance de l'IA. Certifiée PMP, PRINCE2 et Lean Six Sigma Black Belt, elle détient également une maîtrise en gouvernance informatique.

Du 14 au 16 avril, plus de 1 000 professionnels du numérique se sont donné rendez-vous au Terminal de croisière du Port de Québec pour la deuxième édition du Rendez-vous numérique, organisé par Capitale Numérique. Trois jours d’intelligence artificielle et collective, de conférences, de réseautage et de conversations franches sur l’avenir du numérique au Québec. J’y étais, et voici ce que j’en retiens.

Jour 1 : plonger dans le concret

L’événement donne le ton dès la première journée. Pas de discours creux ou de buzzwords lancés en l’air : on parle de projets réels, de défis vécus, de leçons apprises.

La conférence « Gérer des projets en RI dans l’administration publique québécoise : Êtes-vous prêt pour une aventure stimulante? », de Bertrand Lauzon et Michel Métivier, a rappelé une réalité que plusieurs connaissent trop bien : piloter un projet technologique dans le secteur public, c’est naviguer entre les contraintes réglementaires, les cycles budgétaires et les attentes citoyennes. Le titre est volontairement provocateur, et la salle est réceptive. On parle d’agilité, oui, mais surtout de résilience organisationnelle.

Autre moment fort de cette première journée : la conférence de Cyberimpact, « De joueur local à leader canadien du marketing par courriel : les transformations derrière l’ascension de Cyberimpact ». L’histoire d’une entreprise québécoise qui a su se tailler une place face aux géants américains comme Mailchimp, en misant sur la conformité locale (LCAP au fédéral, et Loi 25 au Québec), le bilinguisme et un service client humain. L’ascension de Cyberimpact n’est pas qu’une success story technologique : c’est une démonstration que la souveraineté numérique se construit aussi par les outils du quotidien. Le genre de parcours qui donne envie de regarder ce qui se fait chez nous avant de chercher ailleurs.

Jour 2 : mimosas, musique et mobilisation

Le mercredi 15 avril, on commence la journée en force. Mimosas, DJ, ambiance festive. Le Rendez-vous numérique, c’est aussi ça : un événement qui comprend que les meilleures idées naissent quand les gens sont détendus, connectés, de bonne humeur. La vibe est excellente et ça se ressent dans les échanges.

C’est dans cette énergie que Philip Oligny monte sur scène pour présenter la Brigade IA Québec. En 15 minutes, il dessine les contours d’un projet qui pourrait changer la donne : rassembler les talents en IA du Québec au sein d’une même communauté pour que les organisations d’ici n’aient plus à naviguer seules dans leur virage technologique. Portée par le Conseil de l’innovation du Québec, la Brigade emprunte sa philosophie aux grandes communautés open source comme Linux ou Hugging Face. Pas de favoritisme envers un fournisseur, pas de technologie imposée : l’objectif est de créer un bassin de savoir-faire partagé, ouvert autant aux PME qu’aux institutions publiques. Les premiers membres sont déjà à pied d’œuvre. Le mouvement est lancé.

Tout de suite après, Gabriel Talbot-Lachance de Technologies Pipemind enchaîne avec une conférence percutante : « Le Qatar se prépare à l’ère du citoyen développeur, pourquoi pas nous? » Installé à Doha, Gabriel a observé de près comment l’IA redéfinit déjà des secteurs entiers au Moyen-Orient, notamment en santé publique. Sa thèse est provocatrice : ce ne sont plus les équipes TI qui porteront les prochaines grandes transformations, ce sont les utilisateurs eux-mêmes, armés d’outils qui démocratisent la création technologique. Il avance un chiffre qui fait réfléchir : quelque 2 000 milliards de dollars de valeur se sont évaporés dans l’industrie du logiciel. Reste à savoir si on observe le changement ou si on le pilote. Le genre de présentation qui secoue les certitudes.

L’après-midi confirme la diversité remarquable de la programmation. On passe de la transformation numérique des entreprises aux fonds marins avec « Réinventer la pêche grâce à la robotique et l’intelligence artificielle ». Oui, la pêche. Dans cette conférence de Guillaume Morissette (Ocean Riot), on découvre comment des robots sous-marins autonomes cartographient les océans en captant images, sons et données environnementales, pendant que des algorithmes d’IA traitent le tout pour dresser un portrait vivant des populations marines. Le résultat : des décisions de pêche fondées sur la science plutôt que sur l’intuition, et des écosystèmes préservés dans la foulée. C’est le genre de conférence qu’on ne s’attend pas à croiser dans un événement numérique, et c’est exactement pour ça qu’elle marque les esprits. La preuve que le Rendez-vous numérique ratisse large, et c’est tant mieux.

Jour 3 : la fatigue ne passe pas ici

Jeudi 16 avril. Troisième journée d’un événement intense. En théorie, c’est le moment où l’énergie baisse. En pratique? Pas au Rendez-vous numérique. L’ambiance reste vive, les salles sont bien remplies, les conversations de corridor aussi riches que les conférences elles-mêmes.

La journée commence en profondeur avec Géraldine Angulo d’Ékoteq Solutions et sa conférence « Intelligence artificielle, planète artificielle ». Un titre qui donne le ton. Pendant que l’industrie vante les gains d’efficacité de l’IA, Géraldine met le doigt sur ce qu’on préfère souvent ignorer : le coût environnemental réel de nos choix technologiques. Elle nous amène à réfléchir sur tout ce qui se cache derrière un modèle d’IA, de l’énergie consommée par les centres de données aux ressources naturelles nécessaires à la fabrication du matériel, jusqu’à la gestion de sa fin de vie. Sa présentation aborde aussi des concepts clés comme les effets rebonds et la dette technique accumulée, tout en proposant des pistes concrètes pour intégrer la responsabilité environnementale au coeur des projets numériques. Le message est clair : on ne peut pas parler de transformation numérique sans parler de transition climatique.

En après-midi, la Salle Territoire accueille une présentation qui mérite une attention particulière : BEN URBANISME, un projet d’IA appliqué à la gestion du territoire. La MRC de Montmagny y présente un outil qu’elle a développé à l’interne pour ses propres équipes. L’idée : offrir aux inspecteurs et urbanistes un assistant intelligent capable d’aller chercher en quelques secondes l’information réglementaire pertinente, qu’elle soit municipale, provinciale ou fédérale, en s’appuyant sur la plateforme géomatique GeoCentralis.

Ce qui rend le projet remarquable, c’est son origine. Ici, pas de mandat confié à une grande firme externe. C’est une équipe locale, composée d’urbanistes, de géomaticiens et de spécialistes en IA, qui a porté le projet du début à la fin. Les obstacles étaient bien réels : faire dialoguer des sources de données disparates, s’adapter aux particularités de chaque municipalité, former le personnel sur le terrain. Malgré tout, les gains sont déjà visibles : un traitement plus rapide des dossiers, des interprétations plus uniformes d’une municipalité à l’autre, et une charge administrative allégée.

Mais au-delà de l’outil, la conférence soulève des questions qui touchent toutes les régions du Québec. Comment tirer profit de l’IA pour appuyer les décisions sans court-circuiter l’expertise humaine? Comment préserver le savoir institutionnel quand il repose sur une poignée de personnes d’expérience? Et comment permettre à de petites organisations publiques, avec des moyens limités, de profiter elles aussi de l’innovation numérique? Le cas de la MRC de Montmagny montre qu’il y a des réponses concrètes à ces questions.

Pour clore cette troisième journée en beauté, Stéphan Langevin et Sébastien Gagnon prennent la Salle Territoire pour une conférence à deux voix : « De la créativité à l’exécution : L’IA et le BIM en action dans la conception architecturale ». Le format est rafraîchissant : les deux conférenciers alternent naturellement, l’un apportant sa perspective de gestion de projets et de coordination par le BIM, l’autre montrant comment l’IA ouvre de nouvelles avenues créatives dès les premières phases de design. Sébastien explique comment le BIM permet de structurer l’information et de garder tous les intervenants d’un projet sur la même page. Stéphan, de son côté, illustre comment l’IA aide à explorer des solutions architecturales qui tiennent compte du contexte et de l’environnement dès le départ. Le fil conducteur : ces deux technologies ne fonctionnent pas en silo, elles se nourrissent l’une de l’autre. Des cas de projets réels viennent appuyer le propos, et la salle repart avec une vision claire de ce que ces outils changent concrètement dans la façon de concevoir et de bâtir.

Donc, ce que j’en retiens…

Le Rendez-vous numérique 2026, c’est la preuve que l’écosystème numérique québécois est vivant, ambitieux et ancré dans le réel. On n’y parle pas d’IA dans l’abstrait. On parle de municipalités qui construisent leurs propres outils, d’entreprises québécoises qui rivalisent avec les géants, de communautés qui se mobilisent pour que l’adoption de l’IA se fasse de manière responsable, et de professionnels qui posent les bonnes questions sur l’impact environnemental de nos choix technologiques.

C’est un événement qui fait du bien. Parce qu’il montre que l’innovation ne se passe pas qu’à Montréal, qu’à San Francisco ou qu’au Qatar. Elle se passe ici. Au Terminal de croisière de Québec, mimosa à la main, avec du monde qui a envie de bâtir quelque chose ensemble.

On se revoit l’an prochain!

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