La plateforme qui vous informe, vous divertit et vous fait tester vos connaissances | Créée par Chloé-Anne Touma

La plateforme qui vous informe, vous divertit et vous fait tester vos connaissances | Créée par Chloé-Anne Touma

Désolée, mais oui, l’IA pourra un jour imiter Angine de Poitrine…

CultureE-AI

Éditorial de Chloé-Anne Touma, rédactrice en chef de Culturemania, experte des médias et analyste des enjeux propres au numérique et à la musicologie


Le phénomène « Angine de Poitrine » n’aura laissé personne indemne : des fans aux curieux amusés, en passant par les indifférents jusqu’aux détracteurs, tous auront fini par intégrer leur empreinte visuelle, sinon leur rythme déjanté devenu marque de fabrique. Et qu’on aime ou qu’on déteste, une certaine fascination, presque mystérieuse, entourant leur identité cachée, aura au moins eu le mérite de divertir. Or, malgré les clivages, un discours semble faire l’unanimité parmi les mélomanes comme chez les simples auditeurs : « quoi qu’on en pense, la musique d’Angine de Poitrine ne pourrait pas être le fruit d’une intelligence artificielle ». Une affirmation que soutient même Sophie Durocher, elle qui dit pourtant ne pas adhérer à l’« anginedepoitrinemania ». Ce discours naïf et dominant se fonde toutefois sur un raisonnement que j’entends démonter.

En fait, il suffirait de nourrir la base de données de l’intelligence artificielle générative (IAG) des albums musicaux du groupe, si tant est qu’ils constituent un volume satisfaisant, pour qu’elle en comprenne et imite le style. L’IA peut très bien reproduire ce qu’on lui enseigne, c’est là toute sa qualité… ou son défaut! Demain, elle pourra donc ainsi produire du son qui dupera les fans d’Angine les plus émoustillés. Mais la bonne nouvelle, c’est que ce qu’elle ne remplacera pas, c’est leur performance live, qui est certes assez « insane », comme disent les plus jeunes!

« L’IA peut très bien reproduire ce qu’on lui enseigne, c’est là toute sa qualité… ou son défaut! (…) ce qu’elle ne remplacera pas, c’est leur performance live (…) »

Autrement dit, si Angine de Poitrine est reconnaissable par des signatures sonores, il n’est pas absurde de penser qu’un modèle suffisamment entraîné pourrait en imiter la grammaire musicale. C’est là toute la force de ces systèmes, mais aussi leur limite : ils ne créent pas à partir de rien, ils recomposent à partir de l’existant. Et plus un style est cohérent et documenté, plus il devient « apprenable ».

Dans un futur proche, il est donc plausible que des intelligences artificielles soient capables de générer des morceaux qui trompent même les auditeurs les plus familiers. Des morceaux reprenant les mêmes ruptures rythmiques, les mêmes textures sonores, voire la même énergie apparente. La frontière entre imitation et création pourrait alors devenir de plus en plus floue pour l’oreille non avertie, tout comme elle l’est déjà pour l’œil humain.

Mais réduire la question à cette seule dimension technique serait passer à côté de l’essentiel. Ce que l’IA peine encore à reproduire, ce n’est pas seulement le style, mais l’incarnation. La musique d’Angine de Poitrine, comme celle de nombreux projets scéniques, ne vit pas uniquement dans les fichiers audio ou les productions studio. Elle prend une autre dimension sur scène : dans l’imprévisibilité, la tension du moment, les interactions avec le public, les erreurs assumées, les excès contrôlés.

Pourtant, pour les développeurs et grosses compagnies tech, c’est l’année des robots performeurs, ceux mandatés de « galvaniser les foules », tel qu’observé au CES 2026 de Las Vegas, à travers les robots boxeurs, et ceux qui font des récitals de piano, tel que j’en parlais à l’émission télé Moteur de recherche sur Explora. Et ce que ces robots ont surtout réussi à démontrer, entre deux mouvements machinaux, c’est qu’ils n’avaient pas réussi à être à la hauteur de leur promesse, et que la précision ne se substitue ni à l’émotion, ni à l’intention, ni au réel effort.

La performance en chair et en os demeure un espace profondément humain, où le geste, la fatigue, l’improvisation et l’énergie collective jouent un rôle central. C’est là que se construit une part de l’identité artistique que les algorithmes, aussi sophistiqués soient-ils, ne peuvent pleinement simuler.

0 Comments
Oldest
Newest Most Voted
Inline Feedbacks
View all comments
0
Partagez votre réaction en commentaire!x
()
x