La plateforme qui vous informe, vous divertit et vous fait tester vos connaissances | Créée par Chloé-Anne Touma

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Images et vidéos générées avec ou sans IA : un débat, deux vents contraires

CultureE-AIFuturmania cultureintelligence artificielle

Auteur(e)

  • Rédactrice en chef et créatrice de Culturemania et Les Connecteurs, conférencière et animatrice, journaliste FPJQ, analyste des impacts de la tech et de l'IA sur la société à la télé, radio et presse écrite, chroniqueuse techno à Moteur de recherche sur ICI Première et ICI EXPLORA.

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L’essor fulgurant des images et vidéos générées par l’intelligence artificielle ne soulève pas qu’une question d’efficacité ou de coûts de production. Il rebat les cartes de la création, redéfinit la valeur du travail humain et interroge notre rapport à l’authenticité, à la culture et à la confiance. Entre automatisation créative et revendication d’un regard ancré dans le réel, deux visions s’affrontent aujourd’hui, avec des conséquences certaines pour les créateurs, les industries culturelles et les publics. Et s’il y avait un juste milieu à trouver?

Une banque d’images qui se présente comme un « pied de nez à l’IA »

Crédit photo : photos de Benoit Gendron, Caroline Clouatre, Claude Bouchard, Hugues Deglaire, Johany Sergerie, Louis-Paul St-Onge, Nadia Bélanger, Roxanne Bédard, Sophie Jean. En vente sur Regard Boréal. (Crédit photo : échantillon soumis aux journalistes)

Regard Boréal : c’est le nom de la nouvelle banque d’images « 100 % québécoise » lancée par sa fondatrice, Patricia Maheu. Son objectif : faire rayonner la culture locale à travers plus de 1 000 images authentiques, produites par des photographes œuvrant dans différentes sphères et régions du Québec, et « valoriser l’expression identitaire ». La plateforme se présente d’ailleurs comme « un pied de nez à l’intelligence artificielle » et une mise en valeur du travail des photographes professionnels, indique-t-on à notre rédaction.

Les tarifs oscillent entre 150 $ par photo, 49 $ par mois pour un accès complet à la banque, ou encore des forfaits sur mesure.

Les images proposées par Regard Boréal couvrent des thématiques variées, allant du tourisme à l’alimentation, en passant par l’art de vivre, la culture et la nature. Issue d’une collaboration avec plus de 100 photographes répartis aux quatre coins de la province, la plateforme s’adresse principalement aux milieux des médias, du marketing et de la publicité. Les tarifs oscillent entre 150 $ par photo, 49 $ par mois pour un accès complet à la banque, ou encore des forfaits sur mesure. Une solution locale de rechange aux banques d’images génériques — souvent étrangères — dont les prix sont comparables, voire plus élevés. Mais va-t-on vraiment faire la compétition à l’IA, qui amène un tout autre degré de personnalisation?

En parallèle : de nouveaux emplois et marchés pour les adoptants de l’IA

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où l’IA gagne rapidement du terrain. Selon des données de HubSpot et de SEO Sandwich, 22 % des responsables marketing affirment avoir complètement remplacé les photos de banques d’images par des visuels générés par l’IA. Au Québec, une récente étude de l’organisme Compétence Culture indique que 83 % des artistes et employés issus du secteur culturel estiment que leur métier évoluera avec l’IA, tandis que 30 % y voient une menace pour leur emploi.

22 % des responsables marketing affirment avoir complètement remplacé les photos de banques d’images par des visuels générés par l’IA.

Certaines entreprises québécoises font également appel à des fournisseurs spécialisés dans « l’art du prompt » afin de produire des vidéos promotionnelles sur mesure. Un virage qui, sans éliminer totalement le créateur humain, tend plutôt à le remplacer par un autre type de créateur, observe le directeur des opérations de XPR Labs, Gabriel Brien, en entrevue avec Culturemania. L’entrepreneur connu pour ses projets novateurs dans le divertissement et l’entraînement immersif, vient d’ajouter, sous la marque « The Brainy Buddies », une nouvelle offre de services à sa palette, axée sur l’IA. Au sein de cette branche, il propose la production de vidéos à partir d’images de synthèse, et ses créations font déjà des heureux. « J’ai souvent eu des idées impossibles à réaliser. À moins d’être producteur hollywoodien, c’était juste inconcevable », suggère l’un de ses clients, soit le cofondateur et PDG d’Immersia Studio, Nicolas Roy, qui remercie le créateur pour son « fabuleux travail » sur les réseaux sociaux.

« Pour générer une vidéo promotionnelle comme celle d’Immersia Studio, il peut s’agir de 25 heures de travail. Ce qui est intéressant avec l’IA, en plus de la réduction des frais de production, c’est surtout le storytelling (communication narrative) », explique Gabriel Brien, qui offre, en plus du volet production, des services de formations adaptées en IA générative (pour utiliser Midjourney, Nano Banana, Veo 3, etc.), et de marketing assisté pour les entreprises.

« Ce qui est intéressant avec l’IA, en plus de la réduction des frais de production, c’est surtout le storytelling (communication narrative). »

Gabriel Brien. (Crédit photo : courtoisie)

Un témoignage qui, tout comme les démonstrations et prompt battles (bataille de requêtes) de la programmation E-AI 2026, vise à renforcer l’idée que la création assistée par l’intelligence artificielle n’équivaut pas à réciter une incantation magique pour obtenir le produit désiré, mais bien à suivre un processus créatif et méthodique rigoureux, en vue de générer un produit final personnalisé et satisfaisant. Pour Gabriel Brien, c’est la maîtrise des outils d’IA générative (IAG) qui évitera l’homogénéisation de la culture de la création assistée par ces derniers.

E-AI 2026 et les principes de transparence, équité et inclusion pour guides

Or, si l’intelligence artificielle séduit une part croissante de l’industrie, le public, lui, demeure plus hésitant lorsque l’artifice s’immisce dans les affichages et contenus web qu’il consomme, surtout dans un contexte de rayonnement culturel. La controverse entourant la campagne promotionnelle du Festival d’été de Québec 2025, par exemple, en a offert une démonstration éloquente : du point de vue du consommateur, la transparence quant au recours à l’IA s’avère déterminante dans la perception du travail créatif.

Un enjeu qui n’est pas sans faire écho aux problématiques soulevées par les communautés artistiques et médiatiques ou leurs associations en matière de droits d’auteur, et pour cause. Pour y répondre, Gabriel Brien suggère l’implantation d’un système de filigrane, soit une empreinte numérique propre à chaque contenu généré avec l’IA. Indissociable mais imperceptible à l’œil nu, cette marque permettrait d’en identifier la source en tout temps.

Au Sommet E-AI 2026, on entend aborder l’aspect légal entourant l’IA générative, promet la secrétaire du conseil d’administration, Brigitte Monneau, qui a fait carrière en gouvernance et en gestion dans le domaine du divertissement. Il faudra être particulièrement attentif à la conférence de Coralie Ratieuville de chez Arte France, qui s’attardera à l’équilibre à trouver entre usage responsable de l’IA et innovation dans le secteur des médias.

« C’est justement dans le souci de contribuer à réduire ces écarts que la vente de billets du Sommet E-AI 2026 se décline en quatre catégories. »

Le deuxième défi soulevé, auquel s’attarde notamment cette édition d’E-AI, est celui propre aux disparités et fractures numériques qui pourraient désavantager les groupes de créateurs n’ayant pas accès aux meilleurs systèmes d’IA, ni aux services plus dispendieux. Car au-delà des compétences et du volet formatif, il y a le manque de ressources financières pour s’offrir les abonnements, ou encore les crédits qui permettent de tester certaines fonctionnalités, et qui fondent comme une banquise au soleil.

Wemba Opota et Brigitte Monneau, respectivement président et secrétaire du conseil d’administration d’E-AI 2026. (Crédit photos : courtoisie)

« C’est justement dans le souci de contribuer à réduire ces écarts que la vente de billets du Sommet E-AI 2026 se décline en quatre catégories », dont plusieurs à tarif abordable par rapport à d’autres événements axés sur l’IA, explique en entrevue le président du conseil d’administration de l’événement, Wemba Opota, également leader national des solutions en IA chez Capgemini Canada. Le tout afin d’ouvrir l’accès aux débats, conférences et activités à plus de communautés. C’est aussi dans cet esprit que de nombreux ateliers interactifs sont proposés pour exposer et initier les participants à de nouvelles façons de faire, mais aussi leur donner la parole et les manettes.

Pensons à la classe de maître de Jean-Michaël Celerier, qui présentera la boîte à outils IA de la Société des arts technologiques (SAT) intégrée au logiciel libre ossia score, ou encore à celle de Stephan Nepton, Robin Tremblay et Julien Bouvrais sur l’intégration concrète et constructive des compétences en IAG dans l’apprentissage des métiers en création numérique, ou enfin à celle de Flavien Chervet, Elsa Secco et Nathalie Dupuy pour expérimenter « HELO », un nouveau processus de création de bande dessinée dit « open source », ou dont le code source est publiquement accessible et démocratisé.

Le débat trouve également sa place dans l’atelier de Charlie Leydier Fauvel, Pascale Landry et Éric Desmarais, prêts à affronter les « questions clivantes concernant l’IA ».


Question aux lecteurs : Et vous ? Êtes-vous pour ou contre l’IA en création ? Ou portez-vous un regard nuancé sur la chose ? Soumettez-votre opinion à la rédactrice en chef Chloé-Anne Touma par courriel.