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Édito : Quand les médecins spécialistes tournent le dos aux patients

Santé

Auteur(e)

  • Rédactrice en chef et créatrice de Culturemania et Les Connecteurs, conférencière et animatrice, journaliste FPJQ, analyste des impacts de la tech et de l'IA sur la société à la télé, radio et presse écrite, chroniqueuse techno à Moteur de recherche sur ICI Première et ICI EXPLORA.

Pendant longtemps, accéder à un médecin spécialiste au Québec relevait d’un parcours quasi initiatique. Appels répétés, formulaires envoyés dans le vide, listes d’attente interminables. Pour de nombreux patients, l’arrivée des centres de répartition des demandes de service – les fameux CRDS – avait au moins le mérite d’instaurer un semblant d’ordre dans ce chaos.

Pour une fois, le système semblait fonctionner.

Un médecin de famille envoyait une demande. Elle entrait dans un circuit structuré. Le patient attendait, certes, mais avec l’impression d’être enfin quelque part dans la file. Pris en charge. Visible. J’en ai moi-même fait l’expérience, et c’est ce qui m’a permis de voir un dermatologue après des années à prendre mes maux en patience.

C’est précisément ce fragile mécanisme d’accès que les médecins spécialistes ont choisi de boycotter.

Leur motif : la rémunération. La FMSQ réclame une hausse de 14,5 %, soit l’augmentation obtenue par les omnipraticiens, alors que le gouvernement Legault offre 11 % sur cinq ans.

(…) que dire à ceux qui (…) souffrent de douleurs chroniques, de problèmes dermatologiques, gynécologiques ou immunologiques, et qui figurent déjà sur des listes où 65 % des patients sont hors délai?

Dès lundi, ils cesseront d’offrir de nouvelles plages de rendez-vous par l’entremise des CRDS afin de faire pression sur le gouvernement dans leurs négociations. Résultat : un outil qui, même si imparfait, permet à des centaines de milliers de patients d’obtenir une première consultation se retrouve pris en otage dans un conflit administratif.

Et ce, alors que près de 900 000 Québécois attendent déjà de voir un spécialiste.

Les spécialistes dénoncent les défauts du système : plateformes informatiques défaillantes, doublons, demandes jugées non pertinentes. Personne ne prétend que les CRDS sont parfaits. Comme bien des outils du réseau de la santé, ils ont été bricolés, améliorés, corrigés en cours de route.

Mais ils ont changé une chose fondamentale : ils ont donné aux patients un point d’entrée, mettant fin à cette logique d’annuaire et de chance.

Le boycotter aujourd’hui revient à fragiliser l’un des rares mécanismes qui tentent de rendre l’accès aux spécialistes un peu plus équitable.

Car dans la réalité, tout le monde n’a pas un médecin prêt à appeler directement un collègue spécialiste. Tout le monde n’a pas les moyens de multiplier les démarches ou de naviguer dans les labyrinthes administratifs du réseau.

Pour ces patients, le CRDS n’est pas une simple plateforme. C’est souvent la seule porte d’entrée.

La FMSQ affirme qu’aucun rendez-vous déjà prévu ne sera annulé. Mais la question demeure : que dire à ceux qui attendent toujours leur premier appel?

Ceux qui souffrent de douleurs chroniques, de problèmes dermatologiques, gynécologiques ou immunologiques, et qui figurent déjà sur des listes où 65 % des patients sont hors délai?

Dans un système public, les moyens de pression des professionnels de la santé ont une particularité troublante : ils frappent d’abord les patients.

À partir de quel moment la défense d’intérêts professionnels commence-t-elle à miner la mission première du système de santé?

Ceux qui n’ont ni pouvoir de négociation, ni levier politique.

On peut comprendre les frustrations des médecins face aux lourdeurs administratives du réseau. On peut même comprendre qu’ils souhaitent améliorer des outils qu’ils jugent inefficaces.

Mais utiliser l’accès aux soins comme levier de pression soulève une question éthique fondamentale. À partir de quel moment la défense d’intérêts professionnels commence-t-elle à miner la mission première du système de santé?

Soigner.

Parce qu’au bout du compte, derrière chaque requête envoyée dans un CRDS, il n’y a pas une ligne dans un système informatique.

Il y a un patient qui attend.

Et qui croyait, peut-être pour la première fois, que le réseau ne l’avait pas oublié.

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