Un « procès de l’IA » pour le grand public
Inclure la population dans le débat entourant les impacts de l’intelligence artificielle n’aura jamais été aussi urgent. C’est dans cet esprit que l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA) a présenté la première édition du Procès de l’IA, la semaine dernière. Destiné au grand public, l’événement participatif a mobilisé pas moins de 200 personnes préoccupées ou interpellées par les répercussions environnementales de l’IA. L’activité, qui s’est tenue à la Grande Bibliothèque de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, fait partie des rares initiatives publiques visant à consulter la population et à la rapprocher de la communauté des chercheurs.
Un faux procès pour aborder de véritables enjeux
Le concept reposait sur une mise en scène judiciaire fictive, mais appuyée sur des données scientifiques, des expertises et des analyses bien réelles. Les participants étaient projetés en 2028, dans un cadre réglementaire imaginaire mais plausible, où des infractions telles que l’écocide et l’écoblanchiment existaient.
Au cœur de l’exercice : WeLive AI, une entreprise fictive appelée à répondre des impacts environnementaux de ses activités. Le scénario introduisait toutefois une nuance importante : après des années de pratiques jugées nuisibles pour l’environnement, l’entreprise avait entrepris une transition complète vers les meilleures normes environnementales de son secteur. Ce choix narratif permettait de soulever une question centrale : un secteur peut-il réellement devenir soutenable, même lorsque ses acteurs adoptent les meilleures pratiques disponibles?
Inspiré du fonctionnement d’un tribunal, le dispositif visait à rendre accessibles des enjeux scientifiques et technologiques souvent perçus comme abstraits ou complexes. Témoignages d’experts, présentation de données et argumentaires contradictoires ont ainsi alimenté les échanges. Au-delà du verdict symbolique, l’objectif consistait surtout à stimuler la curiosité, à favoriser la compréhension et à encourager une réflexion citoyenne.
« C’était très instructif d’entendre les experts partager leurs perspectives, bien plus vivant que de lire un rapport écrit! Les discussions m’ont permis de porter un regard plus approfondi sur ces enjeux. L’humour et la qualité des interventions ont rendu la discussion agréable et captivante jusqu’à la fin. Une initiative inspirante qui stimule la réflexion citoyenne. Bravo ! »
Rapprocher la recherche et la société
Avec cette initiative — une première du genre au Québec — l’OBVIA cherche à expérimenter de nouvelles formes de dialogue entre la recherche et la société. Le concept s’inspire notamment d’initiatives similaires menées en France par certaines municipalités et universités autour des enjeux de l’intelligence artificielle.
L’objectif est de développer des approches participatives permettant à la société québécoise de mieux comprendre les transformations technologiques en cours, mais aussi d’en anticiper les impacts et d’en orienter l’encadrement.
« Pour progresser vers une gouvernance de l’IA vraiment démocratique, il faut offrir des outils et ouvrir des espaces qui permettent de comprendre, de se questionner et de participer. Le Procès de l’IA est précisément l’un de ces espaces. » – Guillaume Macaux, directeur adjoint, Obvia
Un public engagé dans la discussion
Les personnes présentes pouvaient également prendre part aux échanges grâce à VersyEdu, une plateforme de débat structuré permettant de poser des questions aux témoins experts et de se prononcer sur l’issue du procès fictif.
Au total, près d’une centaine de questions ont été soumises pendant l’événement. Cette participation active illustre l’intérêt du public pour un dialogue nuancé autour des technologies numériques et de leurs conséquences.
« Ce que je retiens du procès de l’IA, c’est que ça fait un bien fou de pouvoir débattre en société d’un sujet complexe, à une époque où les nuances sont parfois perdues et où les débats sont très polarisés. C’était précieux de voir les deux parties et d’entendre les experts faire un travail d’éducation et de sensibilisation. »
