Luqia : l’innovation industrielle au service de la défense et de la résilience nationales
Deux gros joueurs québécois en recherche technologique — l’INO (expert en technologies basées sur la lumière) et le CRIM (spécialiste en intelligence artificielle) — ont décidé d’unir leurs forces. Ensemble, ils créent Luqia, qui devient le plus grand laboratoire d’innovation industrielle au Canada dédié aux entreprises. Mais ce n’est pas juste une fusion de bureaux… À l’heure où les tensions commerciales se durcissent avec Donald Trump à la Maison-Blanche, et où les technologies de défense et de sécurité deviennent des leviers géopolitiques, la création de Luqia apparaît comme un geste stratégique : doter le Québec d’une capacité locale pour développer, tester et industrialiser des technologies critiques.
L’idée derrière Luqia est simple : arrêter d’inventer des technologies brillantes sans jamais les transformer en produits concrets. Parce que, souvent, le problème au Québec (et ailleurs), ce n’est pas le manque de talent, mais bien le passage entre la recherche et le marché. Luqia vise à remédier à ce décalage, en combinant les expertises de deux grand acteurs de l’écosystème, « afin d’accélérer le passage des idées aux solutions industrielles robustes et opérationnelles, et ce, au bénéfice des organisations d’ici et de la sécurité collective », explique le vice-président exécutif de Luqia, Françoys Labonté.
L’IA, la photonique et le quantique
« L’intelligence artificielle offre un potentiel immense, mais son déploiement dans des applications critiques exige rigueur, validation et fiabilité », soutient le VP, également connu comme PDG du CRIM.
« Les économies qui sauront développer et maîtriser localement ces technologies critiques prendront une avance décisive (…) »
Pour le PDG de Luqia, Alain Chandonnet, que l’on connaît comme PDG d’INO, « Il est important de préparer les secteurs industriels à la réalité de demain, marquée par la convergence rapide entre l’intelligence artificielle, la photonique et le quantique. Les économies qui sauront développer et maîtriser localement ces technologies critiques prendront une avance décisive dans un contexte mondial caractérisé par la reconfiguration des chaînes de valeur et une compétition accrue. »
Des secteurs économiques stratégiques
« Aujourd’hui, nous démocratisons l’accès à de puissants leviers pour le développement économique, renforçons la compétitivité des industries d’ici dans un contexte de tensions commerciales et stimulons l’innovation dans des secteurs critiques comme la défense, l’aérospatiale, les sciences de la vie et la fabrication de pointe », complète le président du conseil d’administration de Luqia, Sébastien Proulx.
Dès le mois d’avril, les 250 experts — effectifs déjà en poste à l’INO et au CRIM — répartis entre Québec et Montréal se consacreront à aider les PME et les grandes entreprises à tester des solutions en intelligence artificielle ; développer des technologies de pointe en photonique (utiliser la lumière pour capter, analyser ou sécuriser des données) ; explorer des applications liées au quantique.
Plutôt que d’aller chercher ces expertises aux États-Unis ou en Europe, les entreprises canadiennes pourraient désormais les développer ici. Il en va notamment d’une question de souveraineté technologique, et d’emplois hautement qualifiés.
« (…) le gouvernement du Canada réaffirme son engagement envers la croissance de notre économie, ainsi qu’envers le renforcement de la sécurité et de la résilience des entreprises canadiennes. »
Le gouvernement fédéral injecte d’ailleurs jusqu’à 52 millions de dollars dans le projet — signe que ces technologies sont vues comme critiques pour la compétitivité du pays.
« Aujourd’hui, le gouvernement du Canada réaffirme son engagement envers la croissance de notre économie, ainsi qu’envers le renforcement de la sécurité et de la résilience des entreprises canadiennes », a déclaré Mélanie Joly, ministre de l’Industrie et ministre responsable du Développement économique du Canada pour les régions du Québec.
On vise donc à tirer parti de la synergie entre la photonique et l’intelligence artificielle pour engendrer une nouvelle génération de systèmes intelligents, combinant capteurs optiques de très haute précision et algorithmes d’IA pouvant capter, interpréter et agir sur des données complexes en temps réel.
En clair, derrière des mots aussi intimidants que « photonique » ou « quantique », il y a un enjeu très concret : faire du Québec un créateur de technologies stratégiques plutôt que l’utilisateur de celles des autres, tout en renforçant ses systèmes de surveillance avancée, de défense et de sécurité nationale.
