Et si, en 2030, nos données nous appartenaient enfin ?
Cette chronique est un scénario technofuturiste imaginé par Cassie L. Rhéaume.
Nous sommes en l’an 2030. Après les secousses politiques, économiques et climatiques des dernières années, des crises de confiance envers les institutions, les gouvernements et les médias, la population a compris, à la dure, que nous sommes irrévocablement dans une nouvelle ère. Le numérique est au cœur de nos vies, derrière chaque action, chaque transaction, service, découverte musicale, échange personnel, amical ou professionnel se cache une chaîne invisible de données et de technologie. Ces infrastructures façonnent notre économie, nos communications, notre culture. Heureusement, depuis peu, nous sommes en voie de pouvoir avoir entièrement regagné le contrôle sur ces systèmes. Autrefois hébergés, conçus et gouvernés ailleurs, ils sont aujourd’hui en grande majorité rapatriés et opérés ici, en conformité avec nos lois, nos intérêts et nos valeurs.
Cette dépendance aux services étrangers n’était pas anodine. Elle avait fragilisé notre démocratie, mis en grand péril notre vie privée, affaibli nos entreprises et marginalisé notre langue tout en alourdissant notre empreinte gouvernementale. Les québécois ont réalisé et manifesté avec force leur besoin et leur droit de voir la souveraineté de leurs données, car ce n’était pas un luxe, c’était un impératif à leur autonomie collective.
Économiquement, nous ne pouvions plus accepter que les richesses créées par nos données et notre savoir-faire profitent d’abord à des intérêts étrangers. Nous avons réclamé que nos startups, nos PME, nos chercheur·euses et nos talents croissent dans un écosystème local robuste, soutenu par des infrastructures et des règles qui leur appartiennent.
Politiquement, il était de notre devoir de protéger nos données publiques et citoyennes aux risques des lois extraterritoriales qui autorisent d’autres pays à en profiter. Maintenant, la gouvernance numérique du Québec est pensée ici, au loyal service de nos besoins, ceux de nos institutions dans l’état moderne, progressif et responsable que nous sommes.
Culturellement et linguistiquement, nous qui avons toujours défendu notre identité francophone bec et ongles avons agit concrètement afin que le français ne soit pas une langue déclassée dans l’ère du numérique local et mondial. Nos outils, nos interfaces, nos intelligences artificielles reflètent désormais notre réalité, notre créativité, notre diversité. L’espace numérique québécois, made in québec, est un lieu vivant d’expression et de transmission culturelle.
Environnementalement, nous avons ingénieusement et fidèlement ancré notre souveraineté dans une transition résolument écologique. Grâce à l’hydroélectricité, à nos ressources propres et à notre savoir-faire en innovation, le Québec s’est imposé comme un leader mondial d’un numérique sobre et durable.
Bien sûr, ceci est un récit imaginé par une professionnelle du terrain, après de belles et vives discussions avec d’autres qui connaissent et aiment profondément leur patrie québécoise de nature ou d’adoption. De ce rêve, nous pourrions créer une réalité; une véritable souveraineté numérique repose sur cinq piliers:
- Infrastructures souveraines : des centres de données et des services infonuagiques publiques ou mutualisés, régis au Québec et alimentés par nos énergies propres.
- Gouvernance des données : des données vraiment considérées comme un bien et une richesse commune; protégées et utilisées dans l’intérêt collectif.
- Écosystème local : un soutien ferme à nos entreprises, à la recherche et au développement de solutions ouvertes et responsables. Une préservation de l’innovation locale toujours développée et soutenue au bénéfice de tous les québécois.
- Langue et culture : une affirmation forte du français, de la diversité culturelle et de l’identité québécoise sous toutes ses formes et expressions dans l’espace numérique mondial. Une promotion et un soutien à la hauteur de nos ambitions.
- Éducation et compétences : une population éduquée, formée, consciente et capable d’agir avec autonomie dans le monde numérique. Un écosystème scolaire et éducatif résilient qui a les moyens de réaliser la tâche et de vraiment permettre à la relève de réussir et même rêver.
Le Québec a les talents, les ressources et la créativité pour bâtir un numérique souverain, responsable et durable. Il n’en tient qu’à nous de transformer cette ambition en projet de société. Refuser la dépendance, c’est choisir l’avenir. Reprendre le contrôle, c’est affirmer notre liberté.
Pour nos données. Pour notre démocratie. Pour notre langue. Pour notre avenir commun. La souveraineté numérique n’est pas une utopie : c’est un choix de gouvernance, un engagement envers nous-mêmes. À nous d’exiger, avec lucidité et ambition, que chaque décision publique et privée prise dès aujourd’hui aille dans le sens de cette autonomie durable.
