L’IA a-t-elle franchi le seuil de la créativité humaine moyenne?
Les systèmes d’intelligence artificielle générative peuvent-ils faire preuve de créativité? Une équipe de recherche, dirigée par le professeur Karim Jerbi du département de psychologie de l’Université de Montréal, s’est penchée sur la question.
Pour le vérifier, les chercheurs ont mené des tests et collecté des données auprès de 100 000 participants humains, en impliquant plusieurs grands modèles de langage, comme ChatGPT, Claude et Gemini.
« Nous avons établi un cadre rigoureux, qui permet de comparer, avec les mêmes outils, la créativité humaine avec celle de l’IA sur la base de données recueillies auprès de plus de 100 000 participants, en collaboration avec Jay Olson, de l’Université de Toronto », a expliqué Karim Jerbi, qui est également professeur associé à Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle.
« (…) certains systèmes d’IA fondés sur de grands modèles de langage peuvent aujourd’hui dépasser la créativité moyenne humaine dans des tâches bien définies. »
Dans un esprit de comparaison, ils ont ainsi donné aux répondants et aux systèmes d’IA le même mandat : trouver 10 mots très différents les uns des autres. Ce test rapide mesurerait la capacité à trouver des idées variées et originales, et reflèterait bien la créativité générale, pas seulement le vocabulaire.

Les chercheurs ont aussi comparé IA et humains sur des exercices plus complexes, comme écrire des haïkus, des synopsis de films ou de petites histoires. Les résultats ont montré, selon les conclusions de leur étude, que certaines IA peuvent être plus créatives que la moyenne des humains, mais restent derrière les personnes les plus créatives. En bref, l’IA pourrait surprendre par sa créativité, mais les meilleurs humains resteraient inégalables.
« Notre étude montre que certains systèmes d’IA fondés sur de grands modèles de langage peuvent aujourd’hui dépasser la créativité moyenne humaine dans des tâches bien définies. Ce constat peut surprendre, voire inquiéter, mais notre étude met aussi en évidence un fait tout aussi important : même les meilleurs systèmes d’IA restent en deçà des niveaux atteints par les humains les plus créatifs », a précisé Karim Jerbi.
« La vraie question n’est peut-être plus de savoir si l’IA peut dépasser la créativité humaine, mais comment nous définissons la créativité elle-même et ce que ces avancées impliquent pour notre rapport à la création, à la culture et à l’innovation », de suggérer le chercheur.
