La plateforme qui vous informe, vous divertit et vous fait tester vos connaissances | Créée par Chloé-Anne Touma

La plateforme qui vous informe, vous divertit et vous fait tester vos connaissances | Créée par Chloé-Anne Touma

Thélyson Orélien : sans le débat sur l’IA, les plagiats en série passeraient sous le radar

Causes socialesCultureDésinformationÉditorialÉthique et justice

Auteur(e)

  • Rédactrice en chef et créatrice de Culturemania et Les Connecteurs, conférencière et animatrice, journaliste FPJQ, analyste des impacts de la tech et de l'IA sur la société à la télé, radio et presse écrite, chroniqueuse techno à Moteur de recherche sur ICI Première et ICI EXPLORA.

Merci à l’IA d’avoir fait du bruit. En tirant sur ce fil, on a découvert des textes copiés bien avant elle, et bien avant le livre C’était ça ou mourir. J’ai envie de dire : c’était ça ou se faire niaiser encore longtemps… Il aura fallu qu’on y mêle l’intelligence artificielle pour enfin scruter le passé de Thélyson Orélien, qui apparaît truffé de récompenses et d’éloges non méritées, volées à d’autres… En tout cas, s’il a généré son livre avec de l’IA, on peut au moins lui reconnaître un progrès : cette fois, il aura évité de copier mot pour mot un être humain. Car avant ChatGPT, il semblait y avoir moins de scrupules. L’IA n’est donc, encore une fois, pas le vrai problème. Elle n’est qu’un instrument de plus au service du vice et de la bêtise, caractérisés par les visées immorales de gens dont la seule limite est leur paresse. Des gens qui, à défaut d’avoir de l’honneur, préfèrent faire traduire en français et signer les textes d’auteurs rédigés initialement en espagnol, sinon recevoir un prix pour le génie de quelqu’un d’autre.

« Les accusations de plagiat concernent ses articles de presse et pas le livre. Le livre est soupçonné de triche par l’IA, mais ce n’est pas encore prouvé », suggère un internaute, qui vole au secours d’Orélien, et se plaint de la décision des Éditions du Boréal de suspendre les activités promotionnelles du roman. À cela je réponds ceci : si un comptable a détourné de l’argent chez son ancien employeur, le nouveau devrait-il continuer à lui confier les comptes, sous prétexte qu’il n’a encore rien détourné chez lui? Drôle de raisonnement. J’ai toujours dit qu’il fallait enseigner la philosophie plus tôt dans le cursus scolaire…

Plagiaire un jour, plagiaire toujours (pour ceux qui se sentent concernés)

Je me fiche qu’il ait utilisé de l’IA ou non. Tant pis pour lui s’il se prive de la vraie satisfaction de plaire pour ce qu’il est. Je pense que le danger n’est pas l’IA. Que les vraies dangereuses, ce sont l’absence de principes et la cupidité, derrière leur clavier, avec ou sans le raccourci artificiel. Que ceux qui veulent tricher avec l’IA le fassent — tant pis pour eux. Mais qu’ils le fassent sans toucher à la création de ceux qui s’y investissent vraiment.

« Je me fiche qu’il ait utilisé de l’IA ou non (…) Que ceux qui veulent tricher avec l’IA le fassent — tant pis pour eux. Mais qu’ils le fassent sans toucher à la création de ceux qui s’y investissent vraiment. »

Ceux qui me connaissent savent à quel point la propriété intellectuelle et le droit d’auteur me tiennent à cœur. Une œuvre porte la trace de la personne qui l’a faite. Lui voler cette reconnaissance, c’est aussi lui voler une place dans la mémoire collective.

Si vous êtes un peu comme moi, vous avez su très jeune que créer vous procurait une immense satisfaction, et que vous attribuer les exploits d’autrui, même avec une récompense à la clé, ne vous en procurerait aucune. L’avènement de l’IA générative démocratisée n’a probablement pas changé votre perspective, ni vos valeurs, ni vos principes.

De tous les préjudices qu’on peut causer à quelqu’un, le plagiat m’a toujours semblé l’un des plus intolérables… Je me demande ce qu’on ressent en apposant son nom sur un texte, une chanson ou un tableau qu’on n’a pas créé. Pire : dont une autre personne a accouché. De la fierté? Le plaisir d’être applaudi pour le travail d’un autre? Ou le dégoût de soi?

Je pense que je préfère encore largement le scénario où l’on signe du contenu généré artificiellement, au passé de Thélyson Orélien que l’on déterre. Une preuve accablante, quoi que l’on en dise. Face à des passages copiés mot pour mot sur le travail d’autrui, dont les archives refont surface une décennie plus tard, l’IA aurait presque l’air d’un progrès. C’est dire.

Honte à lui.

Voici des archives comparées :

Exemple du plagiat plus ancien de Thélyson Orélien
Autre exemple du plagiat plus ancien de Thélyson Orélien

Si demain, on s’amusait à passer mes textes dans le tordeur de l’IA comme dans un détecteur de mensonge, elle pourrait très bien dire qu’ils sont artificiels, ou dire que non. Dans une chronique pour Moteur de recherche sur ICI Première datant du 19 février 2025, j’expliquais que les modèles de reconnaissance de triche ou de plagiat de l’IA ne fonctionnaient pas, à moins que les textes plagiés existent bel et bien dans le corpus qui constitue la base de données de l’IA, garantissant un « match » certain. Des modèles qui parviennent vraiment à « deviner » le procédé ou l’intention par le style, ça non, ça ne se peut pas. Un style d’écriture, pris isolément, offre trop peu d’indices pour établir qu’un texte a été calqué.

Mais je sais que parmi les milliers de textes que j’ai produits bien avant que n’existe ChatGPT, allant des œuvres récompensées à celles plus médiocres que j’ai pu signer, pas une seule œuvre ne sera associable à une autre qui lui ressemble. Et si l’on découvre un texte qui ressemble au mien, il suffira de comparer les dates pour savoir lequel est venu en premier, et qui a copié qui… C’est cette intégrité intellectuelle, étendue dans le temps, qui me permet de dormir sur mes deux oreilles et, surtout, de me regarder dans une glace.

J’ai aussi une pensée pour tous ces auteurs légitimes et intègres, dont on doutera malheureusement dorénavant de la contribution authentique, à cause de plagiaires qui n’ont trouvé en l’IA qu’un moyen supplémentaire de récidiver…

Qui sait combien d’« auteurs » nous ont trompés avant que les outils permettent de retrouver plus facilement les œuvres qu’ils avaient copiées? Le plagiat est banalisé depuis longtemps, dans bien des industries. Mais voilà que certains s’en inquiètent bruyamment lorsque l’IA se retrouve au banc des témoins, parce que, cette fois, les patrons, les éditeurs et les labels ont eux aussi beaucoup d’argent à y perdre. Mieux vaut tard que jamais.

Psst… et pour ceux qui demandent à la communauté haïtienne de se mobiliser pour soutenir un plagiaire, ou encore les racistes qui, de l’autre côté, s’emparent de cet exemple pour propager des messages de haine, je vous invite plutôt à regarder du côté de l’artiste Wesli, nommé à l’ADISQ pour son superbe album « MAKAYA », dont j’avais fait la critique (5/5 étoiles) il y a plusieurs mois. Je reprends la devise, « Encourageons un créateur d’origine haïtienne », que j’ai lue sous plusieurs publications dans la foulée de ce débat, et vous demande d’encourager ceux dont on ne parle pas assez mais qui, pourtant, le mériteraient davantage.

« MAKAYA » de Wesli : un vibrant album, qui fait voyager entre Haïti et l’Afrique

Chloé-Anne Touma

Rédactrice en chef et créatrice de Culturemania et Les Connecteurs, conférencière et animatrice, journaliste FPJQ, analyste des impacts de la tech et de l'IA sur la société à la télé, radio et presse écrite, chroniqueuse techno à Moteur de recherche sur ICI Première et ICI EXPLORA.

0 Comments
Oldest
Newest Most Voted
0
Partagez votre réaction en commentaire!x
()
x