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Sommet de la formation 2026 : et si on parlait de créativité ?

Culture

Je me suis présentée au Sommet de l’innovation en formation 2026, le 30 avril dernier au Centre des congrès de Québec, avec une question bien précise en tête. Pas celle d’une simple participante curieuse. Celle d’une praticienne de la créativité qui cherche ses pairs : est-ce qu’on allait enfin parler de créativité comme compétence professionnelle à part entière?

L’événement a de quoi impressionner. Quatre-vingts exposants, treize conférences, des centaines de professionnels RH et de leaders en développement des compétences réunis sous un même toit. Un sommet qui grandit d’année en année, et ça se voyait dans l’effervescence des allées. Et pourtant.

Une compétence d’avenir encore dans l’angle mort

L’OCDE place la créativité au cœur de son modèle des 4C : pensée Critique, Créativité, Collaboration, Communication.  Elle identifie ces quatre piliers comme essentiels pour naviguer dans un monde du travail en transformation rapide. Le Forum économique mondial, dans son Future of Jobs Report 2025, la classe au 4e rang des compétences les plus essentielles aujourd’hui, et parmi celles dont l’importance continuera de croître d’ici 2030.

Alors, dans un sommet entièrement dédié au développement des compétences, est-ce qu’on en a parlé ? La réponse courte : pas vraiment. Aucune conférence ne portait le mot» dans son titre. Aucun kiosque ne l’affichait en grand. Mais en circulant d’un exposant à l’autre, j’ai commencé à la reconnaître, habillée autrement, déclinée en quatre visions bien distinctes.

Quatre visages de la créativité

La créativité comme outil de résolution de problèmes

La Factry, école des sciences de la créativité associée à LaSalle College à Montréal, porte cette vision avec clarté et conviction. Ici, la créativité est une méthode concrète, applicable face à des défis réels. Dans un Sommet où peu osaient nommer la chose, cette voix directe se démarquait.

La créativité comme stratégie d’apprentissage

TACcom, fondée sous le nom Théâtre à la carte, utilise le jeu et les mises en situation théâtrales pour transformer l’expérience de formation. François Pouliot avec Défi Compétences, a fusionné l’univers des défis évasion avec le développement des compétences. Apprendre en jouant, en résolvant, en collaborant sous pression c’est toujours gagnant. Talamus proposait lui aussi des activités interactives et ludiques qui captent et maintiennent l’engagement des participants. Ici, la créativité n’est pas l’objet de la formation, elle en est le moteur stratégique.

La créativité comme fusion de deux univers

C’est peut-être là où elle m’a le plus surprise et rejointe. Il existe une tendance mondiale croissante qu’on appelle l’art-based learning : l’idée que la pratique artistique, loin d’être réservée aux musées ou aux loisirs du dimanche, peut devenir un puissant levier de développement professionnel. Des entreprises du Fortune 500 l’utilisent pour stimuler la créativité, le leadership et l’innovation. Ce que j’ai observé au Sommet s’inscrit dans cette même mouvance, mais élargie. Beyond Wordz, Institut de Leadership en Montérégie, fait le pont entre la sagesse des chevaux et le développement du leadership. Zanshin Leadership traduit les principes des arts martiaux japonais (conscience, maîtrise, adaptabilité) en outils concrets pour les gestionnaires. Quant à moi, avec J’aurais voulu être un artiste, je fais ce même pari : que la pratique artistique nourrit la créativité en milieu de travail, que les passions profondes des gens ne sont pas à laisser à la porte de l’entreprise, mais à inviter à l’intérieur. Ce qui unit toutes ces approches ? Elles fusionnent deux univers qu’on croyait séparés que sont le monde du travail et celui des passions véritables  et ce, dans le pour en tirer une motivation intrinsèque durable, et des environnements de travail plus complets, plus humains.

La créativité comme processus entrepreneurial

Ma conversation la plus marquante fut avec Patrick Cormier, fondateur de Strativa. Cet entrepreneur issu du milieu militaire m’a décrit son processus de création d’entreprise avec une précision désarmante : des mois de cogitation silencieuse, où les idées germent dans l’ombre, suivis de mois d’action intense, où tout se déploie concrètement. Il décrivait sans le savoir les deux phases du processus créatif que j’ai identifié dans les recherches: l’ouverture, où l’on accumule, réfléchit, incube et la fermeture, où la solution s’implante.

Un défi pour la prochaine édition

La créativité était bel et bien présente au Sommet. Elle s’exprimait dans les offres, dans les approches pédagogiques, dans les récits des gens que j’ai croisés. Mais elle n’était pas nommée, pas revendiquée, pas mise de l’avant comme compétence stratégique à développer collectivement.

Françoise Crevier l’a d’ailleurs bien souligné : avant même de développer la créativité, encore faut-il s’entendre sur ce qu’elle est. La définir comme compétence, c’est déjà un bout de chemin à faire, et un chantier en soi.

Et si la prochaine édition faisait une place explicite aux 4C de l’OCDE ? Pas comme thème décoratif, comme fil conducteur? Elle mérite qu’on lui ouvre la scène.

Marie Walsh

Marie Walsh est chroniqueuse pour Culturemania, conseillère en développement des compétences et créativité, artiste professionelle, et membre RAAV, UDA et UNEQ.

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