Impact IA : quand les systèmes multi-agents compensent la perte massive d’expertise
Plus de 10 000 travailleurs prennent leur retraite chaque jour en Amérique du Nord, emportant avec eux leur expertise. Pour répondre au défi que représente la rétention de ces connaissances au sein des organisations, l’équipe de Vooban a lancé Morphe, un agent IA qui échange avec vos employés pour en bâtir une base d’informations structurées. Culturemania a assisté au dévoilement de ce nouveau produit, présenté le 7 mai dernier lors de l’événement Impact IA, au Grand Quai du Port de Montréal.
Morphe : l’agent IA qui capture et structure le savoir-faire critique de vos employés
Comment ça fonctionne? D’abord, l’employé s’installe pour discuter avec Morphe, au cours d’une session d’une demie-heure à travers laquelle l’agent conversationnel lui posera des questions ciblées sur son rôle, ses décisions, ses processus, tout en suivant les règles et schémas appris. Pendant l’entrevue interactive, Morphe constituera une base de connaissances connectée, avec laquelle votre équipe pourra interagir à travers le système multi-agents que vous aurez déployé au sein de votre organisation.
Mais comment définir les éléments critiques sur lesquels s’attarder? « Le gestionnaire définira au préalable les sujets à couvrir, en collaboration avec l’employé. Si ce dernier explique deux choses sans lien clair entre elles, l’agent IA détectera ce manque et posera des questions pour remplir ce trou d’information, car il est souvent plus difficile pour l’employé de savoir ce qu’il a omis de mentionner », a expliqué Carl Chouinard, chef de produit chez Vooban.
« Si (l’employé) explique deux choses sans lien clair entre elles, l’agent IA détectera ce manque et posera des questions pour remplir ce trou d’information. »
Morphe est conçu pour s’intégrer aux environnements technologiques existants de l’entreprise. En plus du support textuel, des développements sont en cours pour permettre une capture visuelle et sonore directement en milieu industriel via mobile. La plateforme privilégie une boucle de rétroaction humaine pour valider la précision des données recueillies et assurer la souveraineté des informations.
En réponse aux craintes légitimement soulevées par les participants, Vooban soutient que bien que de nombreuses tâches puissent être automatisées selon le rôle de chacun, le jugement humain reste requis ; l’agent peut prendre certaines décisions, mais il n’est pas toujours capable de faire face à des situations nouvelles qui exigent une analyse humaine. S’il est admis que l’outil peut ouvrir la voie à l’automatisation de certains rôles, l’accent est mis sur l’automatisation de tâches spécifiques plutôt que sur le remplacement systématique de l’individu dans son intégralité. Pour éviter que l’agent ne génère des informations erronées ou ne « remplisse les trous » par lui-même de manière autonome, le système repose sur une boucle de rétroaction constante avec l’utilisateur. C’est donc l’humain qui valide la compréhension de l’agent et s’assure de l’exactitude du savoir capturé avant qu’il ne soit mis à la disposition de l’équipe. Enfin, l’intérêt principal est de pallier la désuétude rapide de la documentation technique en permettant une mise à jour continue et facile grâce à l’interface de communication de Morphe.
L’exemple de La Presse

Le constat de la difficulté pour les professionnels de transmettre la connaissance propre à leur expertise est corroboré par Geoffrey Bernard, VP marketing, science de données et connaissance consommateur chez La Presse, média présenté lors de l’événement comme précurseur dans l’adoption du virage multi-agents : « on s’est rendus compte que pour certains, c’était un grand défi de faire ressortir la matière qui fait la valeur de leur expertise, de sortir cette valeur critique de la tête des gens pour la transformer en agents autonomes. »
« (…) c’était un grand défi (…) de sortir cette valeur critique de la tête des gens pour la transformer en agents autonomes. »
La Presse, qui utilise désormais des systèmes multi-agents pour optimiser ses opérations sans remplacer ses journalistes, facilite plutôt l’analyse de documents complexes, la traduction et la création publicitaire, mais de façon à respecter des processus de validation humaine rigoureux, affirme le VP marketing. L’organisation privilégie ainsi une structure à plusieurs agents pour éviter la dégradation des données et garantir la fiabilité des informations diffusées. Cette approche technologique vise à capturer l’expertise interne et à accroître la pertinence du média face à la concurrence des réseaux sociaux. En agissant comme des assistants augmentés, ces agents permettent à l’entreprise de rester compétitive dans un marché de l’attention en constante évolution.
Questionné par Hugues Foltez, VP exécutif de Vooban, quant à l’attrait compétitif de leur modèle numérique, l’ambassadeur de La Presse a fait preuve de transparence : « Nous sommes le premier média à avoir laissé tombé l’imprimé pour le numérique, ce qui nous rend certes compétitifs sur le plan national. Mais si on regarde du côté des GAFAM, on ne fait pas trembler TikTok. »
Une collaboration entre Vooban et le CHU de Québec

En discussion avec le PDG de Scale AI, Julien Billot, le directeur de la performance, de la valorisation des données et de la transformation numérique du CHU de Québec, Philippe Lachapelle, a fait la démonstration des bienfaits de l’intégration de l’intelligence artificielle au sein du système de santé québécois, illustré par une collaboration entre le CHU de Québec et Vooban. Le projet vise principalement à optimiser la planification chirurgicale afin de réduire des listes d’attente, qui ont considérablement augmenté depuis la pandémie. « Le nerf de la guerre, c’est l’accès aux données », a souligné Philippe Lachapelle, rappelant que 500 000 patients sont opérés par année, soit 80 000 pour le CHU de Québec, mais qu’« On n’opérera pas plus de patients dans les cinq prochaines années », les capacités étant limitées par d’importantes listes d’attente. « La planification chirurgicale est effectuée quatre fois par année », a précisé l’intervenant.
« Le nerf de la guerre, c’est l’accès aux données »
Au-delà de la chirurgie, le dialogue a exploité le potentiel de l’IA pour automatiser les tâches administratives et améliorer le triage des patients en amont de l’hôpital. Enfin, la vision d’avenir présentée mise sur une santé connectée à domicile pour mieux gérer le vieillissement de la population et fluidifier les communications entre les citoyens et les institutions.
Scale AI, qui a déjà financé une vingtaine de projets dans des hôpitaux à travers le Canada, notamment à Montréal, Toronto et dans l’Ouest, a soutenu celui du CHU de Québec grâce à un appel à projets lancé vers mars-avril 2025, ciblant spécifiquement les hôpitaux canadiens. L’organisation encourage fortement la collaboration avec des entreprises privées, puisque environ 90 % des projets financés impliquent des partenaires extérieurs (comme Vooban dans le cas du CHU de Québec).
L’exemple de la Banque Nationale

En discussion avec Stéphane Ricoul, directeur de compte pour Vooban, deux hauts dirigeants de la Banque Nationale, Richard Gendron et Pierre Fortier, ont partagé les avancées de l’intégration de l’intelligence artificielle agentique au sein de leur institution, expliquant pourquoi ils ont opté pour un modèle de gouvernance fédéré plutôt qu’une structure centralisée afin de privilégier la vélocité et le développement des talents internes. Ce virage stratégique, aidé par Vooban, vise à transformer les méthodes de travail en créant un « terrain de jeu » sécurisé, où l’innovation est encadrée par une gouvernance automatisée. En somme, ils ont utilisé les technologies émergentes pour stimuler la croissance, tout en gérant les inquiétudes liées au changement.
« Grâce à l’IA, on a évité un travail de code qui aurait pris 400 jours »
L’un des bénéfices majeurs de l’agentisation constatés à travers le processus : sa capacité à imposer une forme de cohérence et de standardisation dans des structures qui ont historiquement eu du mal à l’atteindre. « Grâce à l’IA, on a évité un travail de code qui aurait pris 400 jours », d’illustrer Richard Gendron, VP TI et Opérations à la Banque Nationale du Canada.
« Notre vision, c’est que la gouvernance doit elle aussi reposer sur une intelligence artificielle agentique pour s’accélérer, pour éviter d’être le boulot d’étranglement », a décrit Pierre Fortier, Vice président, TI et Gestion de patrimoines à la Banque Nationale du Canada.
Questionnés quant aux nouvelles craintes engendrées par Mythos, le nouveau modèle IA d’Anthropic décrit comme pouvant pirater des systèmes sophistiqués, les intervenants répondent qu’ils le voient comme un facteur de risque dont la force croît, ce qui justifie leur volonté d’accélérer encore davantage leur propre transformation numérique pour ne pas être dépassés, tout en priorisant la protection de leur clients.
