La plateforme qui vous informe, vous divertit et vous fait tester vos connaissances | Créée par Chloé-Anne Touma

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Datavore 2026 : quand le Québec refuse de subir l’IA et choisit de la façonner 

Économie / Travail / Consommationintelligence artificielleSouveraineté numériqueTechnologies

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  • Edith-Anne Murray est chroniqueuse pour Culturemania. Elle est spécialiste en gouvernance de l'IA, gestion de projets et responsabilité organisationnelle. Elle aborde l'adoption de l'IA sous l'angle des structures d'autorité et de surveillance plutôt que sous un angle purement technique. Elle est auteure du livre Devrait-on utiliser l'IA de cette façon? et créatrice d'Aude, une plateforme de gouvernance de l'IA. Certifiée PMP, PRINCE2 et Lean Six Sigma Black Belt, elle détient également une maîtrise en gouvernance informatique.

Il y a des conférences où l’on vient chercher des réponses et il y a celles où l’on repart avec de meilleures questions. Datavore 2026, la 19e édition de l’événement phare du Réseau Action TI consacré aux données et à l’intelligence artificielle, appartenait résolument à la seconde catégorie; c’est précisément ce qui en faisait sa force.

Le 17 mars 2026, dans l’amphithéâtre de l’édifice Hélène-Desmarais à HEC Montréal, quelques centaines de professionnels se sont rassemblés pour une journée dense en informations, animée avec justesse par Chloé-Anne Touma, rédactrice en chef de Culturemania et Les Connecteurs, et chroniqueuse à Moteur de recherche sur ICI Première. Contrairement aux salons commerciaux ou autre colloque académique, On y sentait l’énergie d’une communauté qui se retrouve, se questionne et refuse de rester spectatrice face aux bouleversements en cours.

Un événement ancré dans son époque

Chloé-Anne Touma, maîtresse de cérémonie de Datavore, et Anne Nguyen, présidente d’honneur. (Crédit photos : Edith-Anne Murray et Justine Boucher)

Pour comprendre Datavore, il faut comprendre le contexte dans lequel il s’inscrit. En mars 2026, le Québec, comme le reste du monde, navigue dans les eaux agitées d’une transformation sans précédent : l’IA générative a cessé d’être une curiosité pour devenir un outil quotidien. Les modèles de langage et les agents s’invitent dans les processus d’affaires, mais dans beaucoup d’organisations, les fondations restent fragiles.

« L’IA ne remplace pas les gens, elle transforme les métiers et ceux qui s’en sortiront le mieux sont ceux qui n’arrêtent jamais d’apprendre. »

C’est dans ce contexte que Datavore prend tout son sens. L’événement offre un espace pour penser ensemble, avec lucidité, à ce que signifie réellement cette transformation pour les personnes qui la vivent au quotidien, bien au-delà des solutions miracles.

Une présidence d’honneur qui donne le ton

Anne Nguyen, directrice d’IA Québec au Conseil de l’innovation du Québec, occupait la présidence d’honneur avec un mélange désarmant de rigueur et de légèreté. Son message d’ouverture a posé le ton, sans détour : la souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se construit par les données, par les infrastructures, par les compétences. Des mots qui auraient pu rester des formules creuses, mais qui, au fil de la journée, se sont incarnés dans pratiquement chaque présentation. En parallèle, elle enregistrait avec les participants un balado intitulé « Des minutes en plus », à découvrir bientôt sur la Vitrine IA Québec.

L’âge d’or selon Gartner : au-delà des tableaux de bord

La journée a démarré en force avec Chuck Price, vice-président et ambassadeur de l’IA chez Gartner, seul intervenant anglophone de la programmation. En 40 minutes, Chuck a dressé un portrait saisissant de ce qu’il appelle le prochain âge d’or des données et de l’analytique. Sa thèse : nous passons d’une ère de construction de tableaux de bord à celle d’écosystèmes décisionnels intelligents. Le changement n’est pas seulement technologique il est fondamentalement organisationnel et humain. Le sujet des pertes d’emplois a été abordé avec brio, la conclusion? L’IA ne remplace pas les gens, elle transforme les métiers et ceux qui s’en sortiront le mieux sont ceux qui n’arrêtent jamais d’apprendre.

Ce qui frappe chez Price, c’est l’absence de discours alarmiste. C’est plutôt une invitation, pragmatique et concrète, à repenser le rôle des leaders en données et en IA. Les compétences de demain, selon lui, ne sont pas uniquement techniques : elles relèvent du leadership, de la capacité à naviguer dans l’ambiguïté et à bâtir des ponts entre la technologie et les décisions d’affaires.

Le DataFest de Beneva : quand la culture mange de la stratégie au petit-déjeuner

Les conférenciers John De Luca et David Lafleur. (Crédit photo : Justine Boucher)

Parmi les présentations les plus rafraîchissantes de la journée, celle de John De Luca et David Lafleur de Beneva se démarquait par sa franchise. Leur DataFest, un événement interne conçu pour renforcer la littératie de données dans l’organisation, aurait pu être raconté comme une réussite exemplaire. Ils ont choisi la transparence.

Les deux conférenciers ont partagé ce qui a fonctionné, mais aussi ce qui a moins bien tourné : surprises, résistances, apprentissages inattendus. Cette transparence a visiblement touché la salle, car elle reflétait une réalité que beaucoup vivent : transformer la culture d’une organisation autour des données est un travail de longue haleine, souvent ingrat, rarement spectaculaire, mais absolument essentiel.

Parler à ses données : le mirage du 80 % et la réalité du dernier kilomètre

Le conférencier David Lafrance. (Crédit photo : Justine Boucher)

David Lafrance, directeur TI chez Harnois Énergies, a offert l’un des retours d’expérience les plus honnêtes de la journée avec sa présentation sur l’implantation d’un agent BI conversationnel. Le constat est à la fois enthousiasmant et lucide : oui, il est désormais possible pour un gestionnaire de poser une question en langage naturel à ses données transactionnelles. Les preuves de concept sont rapides, les résultats initiaux convaincants. Mais, et c’est un grand « mais », passer du prototype séduisant à une solution fiable représente l’essentiel de l’effort.

La technologie, nous a-t-il rappelé, n’est pas le principal obstacle. Les véritables leviers de succès se trouvent dans la gouvernance des données. Autrement dit : avant de parler à vos données, assurez-vous qu’elles ont quelque chose de pertinent à vous dire. 

La gouvernance : le mot qu’on ne veut pas entendre, mais qu’on ne peut plus ignorer

Si un thème a tenu lieu de fil conducteur tout au long de la journée, c’est bien celui de la gouvernance comme condition préalable à toute ambition sérieuse en IA.

Le panel sur les données non structurées, modéré par Emmanuel Thoorens et réunissant Charles Bureau (Germain Hôtels), Thibault Languillat (CRIM) et Minh Dat Nguyen (Contrôles Laurentide), a mis le doigt sur un angle mort que beaucoup d’organisations préfèrent ignorer : la majorité de leurs données, courriels, documents, notes, transcriptions, vidéos, échappe à toute forme de gouvernance structurée. Le panel nous aide à transformer ce risque en avantage concurrentiel.

L’avenir de la BI : disparition ou renaissance ?

Les panélistes Vickie Montpetit, Jérôme Caron et Grégory Vial. (Crédit photo : Justine Boucher)

Le panel sur l’avenir de la BI à l’ère des LLM réunissait un plateau de choix : Vickie Montpetit (CDAO chez Hydro-Québec), Jérôme Caron (VP Analytique et Données à la Banque Nationale) et Grégory Vial (professeur à HEC Montréal). La question posée était provocante : si un utilisateur peut simplement demander un rapport via un prompt, que deviennent les équipes BI ?

La réponse, nuancée et rassurante, s’est construite au fil des échanges. La fonction BI ne disparaît pas, elle se transforme, le rôle évolue de la production de rapports vers la garantie de qualité, de cohérence et de fiabilité des données qui alimentent les systèmes d’IA. Jérôme Caron, dont l’équipe à la Banque Nationale génère des dizaines de millions de dollars d’impact annuel grâce à l’analytique, l’a résumé avec justesse : la donnée doit être un levier d’innovation tangible, pas un actif passif.

Il y avait quelque chose de rassurant et de profondément humain dans la manière dont ces leaders parlaient de l’avenir, une conviction partagée : les organisations qui prospéreront sont celles qui investiront autant dans le développement de leurs équipes que dans leurs technologies. La BI de demain sera portée par des professionnels hybrides, capables de comprendre à la fois la donnée et le contexte d’affaires, à l’aise avec l’ambiguïté et dotés d’une curiosité qui ne s’épuise jamais.

MLOps, souveraineté et architecture ouverte : les fondations du futur

Les conférenciers Patrick Lavallée et Sarah Legendre Bilodeau. (Crédit photo : Justine Boucher)

L’atelier de Vincent Coulombe (Syntell) sur le MLOps a rappelé une réalité que les décideurs oublient parfois : un modèle d’IA qui fonctionne en laboratoire ne vaut rien s’il ne peut pas être déployé, surveillé et maintenu en production. Son approche pragmatique a offert une feuille de route concrète pour quiconque souhaite passer du prototype à la solution opérationnelle.

Du côté de COFOMO, Patrick Lavallée et Sarah Legendre Bilodeau ont exploré les deux piliers des projets agentiques : l’IA et les données. Leur message : l’IA agentique, aussi prometteuse soit-elle, repose sur des architectures de données robustes et une gouvernance rigoureuse. Sans ces fondations, l’innovation reste un feu de paille.

Romain Lopez de SBI Canada a quant à lui livré une présentation percutante sur l’architecture unifiée. Les équipes perdent un temps magistral à intégrer, dupliquer et déplacer des données. La solution proposée est de cesser de déplacer les données et miser sur des formats ouverts comme Apache Iceberg. Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et qui justifient le virage.

Souveraineté numérique : le débat qui ne peut plus attendre

Les panélistes Morgan Martinet, Paul Allard et Stéphane Le Bouyonnec. (Crédit photo : Justine Boucher)

La journée s’est conclue sur une note à la fois solennelle et mobilisatrice avec le panel sur la souveraineté des données. Stéphane Le Bouyonnec, sous-ministre au ministère de la Cybersécurité et du Numérique, Paul Allard et Morgan Martinet de la Ville de Montréal ont rappelé une évidence trop souvent ignorée : la souveraineté numérique ne se limite pas à la localisation des serveurs, elle exige que nos données soient soumises à nos lois, hébergées dans des infrastructures que nous maîtrisons, à l’abri des ingérences étrangères. 

Dans le contexte géopolitique actuel, ces mots résonnent avec une urgence nouvelle. Le Québec, avec ses talents, ses institutions et sa volonté politique, a les moyens de tracer sa propre voie. 

Le français comme avantage stratégique

Mention spéciale à la présentation de Jean-François Plante-Tan et Mathieu Ruel sur la maîtrise du français à l’ère de l’IA. Dans un écosystème largement dominé par l’anglais, leur démonstration était aussi inattendue que convaincante : la qualité de la langue influence directement la qualité des résultats produits par les outils d’IA. Clarté des requêtes, précision terminologique, structuration des idées, le français, loin d’être un frein, peut devenir un véritable avantage compétitif.

La qualité des conférenciers : un cran au-dessus

Il faut le souligner : le calibre des intervenants à Datavore 2026 était remarquable. Remarquable par leurs titres, certes, mais surtout par la qualité de leur réflexion et leur volonté de partager des apprentissages réels plutôt que des discours marketing.

Chuck Price de Gartner a apporté une perspective internationale rare et bien ancrée. Le tandem De Luca–Lafleur de Beneva a montré que l’on peut être vulnérable et crédible en même temps. David Lafrance d’Harnois Énergies a prouvé que les retours d’expérience les plus utiles sont ceux qui ne cachent pas les difficultés. Dre Stefania Pecore offrait des consultations express de 15 minutes aux organisations souhaitant structurer leurs idées et leurs projets. Et Stéphane Le Bouyonnec a souligné le poids de la fonction publique et la gravité du sujet de la souveraineté numérique.

« (…) dans un monde saturé de webinaires à la demande et de contenus préenregistrés, il y a quelque chose d’irremplaçable dans le fait de se retrouver physiquement, de lever la main pour poser une question, de croiser un ancien collègue devant un café, de griffonner une idée dans son bloc-notes pendant une conférence. »

Le comité organisateur, composé d’une douzaine de bénévoles issus de divers horizons de VIA Rail à Innergex, du CRIM, à l’AQIII, au Wagon mérite une reconnaissance particulière. Assembler une programmation aussi cohérente, avec un tel niveau de qualité, relève d’un travail colossal qui s’est ressenti tout au tout au long de la journée.

Ce qu’on retient en quittant Datavore

En sortant de HEC Montréal mardi soir, entre la Databière et les dernières poignées de main, quelques convictions se cristallisaient.

  1. La première : le mythe de l’IA qui détruit les emplois est en train de céder la place à une réalité plus nuancée et plus stimulante. Les métiers se transforment, les compétences évoluent, et les professionnels qui cultivent une curiosité permanente, ceux qui apprennent, désapprennent et réapprennent, sont ceux qui prospèreront.
  2. La deuxième : la gouvernance des données n’est plus un sujet technique réservé aux spécialistes. C’est un enjeu stratégique, éthique et, dans le contexte québécois, un enjeu de souveraineté. Les organisations qui l’ignorent le font à leurs risques et périls.
  3. La troisième : la communauté québécoise en données et en IA est vivante, engagée et remarquablement compétente. Datavore, depuis 19 ans, en est la preuve la plus éloquente.
  4. Et une dernière, plus personnelle : dans un monde saturé de webinaires à la demande et de contenus préenregistrés, il y a quelque chose d’irremplaçable dans le fait de se retrouver physiquement, de lever la main pour poser une question, de croiser un ancien collègue devant un café, de griffonner une idée dans son bloc-notes pendant une conférence. Datavore nous rappelle que la transformation numérique, aussi technologique soit-elle, reste fondamentalement une affaire humaine.

Le Réseau Action TI, qui porte cet événement depuis 1976 à travers ses diverses incarnations, peut être fier de ce qu’il a bâti. Datavore n’est pas seulement une conférence, c’est un rituel annuel pour une communauté qui se définit par sa curiosité, son pragmatisme et son refus de stagnation.

Rendez-vous l’an prochain pour la 20e. Quelque chose me dit qu’elle sera mémorable.


Galerie de photos (crédit : Justine Boucher) :


Vous souhaitez, vous aussi, faire partie de la discussion? Soumettez-votre question ou votre opinion à la rédactrice en chef Chloé-Anne Touma par courriel.

Pour consulter le dossier complet sur la souveraineté numérique et culturelle :

 

Edith-Anne Murray

Edith-Anne Murray est chroniqueuse pour Culturemania. Elle est spécialiste en gouvernance de l'IA, gestion de projets et responsabilité organisationnelle. Elle aborde l'adoption de l'IA sous l'angle des structures d'autorité et de surveillance plutôt que sous un angle purement technique. Elle est auteure du livre Devrait-on utiliser l'IA de cette façon? et créatrice d'Aude, une plateforme de gouvernance de l'IA. Certifiée PMP, PRINCE2 et Lean Six Sigma Black Belt, elle détient également une maîtrise en gouvernance informatique.

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Cynthia
2 months ago

Merci pour ce topo, presque comme si on y était !

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