[CRITIQUE] « Dix pour cent, le film » sur Netflix : des retrouvailles brillantes
Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa Martel a changé de vie. L’ancienne agente incarnée par Camille Cottin s’apprête désormais à réaliser son premier long métrage, mais le désistement soudain de son acteur principal la contraint à réunir ses anciens collègues. Une prémisse idéale pour reformer la bande et raviver aussi bien les complicités que les rivalités qui faisaient le charme de la série.
Un casting étoile
Et la magie opère encore, mais elle dépend davantage du génie comique naturel de Laure Calamy que de l’accumulation de célébrités de notoriété internationale. Autrefois cantonnée à un rôle plutôt secondaire dans la série, elle revient avec la stature d’une actrice qui a depuis enchaîné les premiers rôles, aussi bien au petit écran que dans le cinéma d’auteur, et s’est imposée comme l’un des visages incontournables du paysage français.
« Et la magie opère encore, mais elle dépend bien davantage du génie comique naturel de la fabuleuse et toujours solide Laure Calamy (…) Autrefois cantonnée à un rôle plutôt secondaire (…) »
L’actrice retrouve en Camille Cottin une partenaire de jeu à sa mesure : leur complicité, leur sens du rythme et leurs tempéraments opposés portent véritablement le film. Les caméos de George Clooney et d’Eva Longoria sont néanmoins finement intégrés, sans donner l’impression que le scénario s’interrompt uniquement pour exhiber ses prestigieux invités.
Mention spéciale également à Nicolas Maury et Vincent Macaigne, qui naviguent avec une aisance désarmante entre leurs chapeaux de clown et de clown triste. Quant à Liliane Rovère, c’est principalement par elle que passe l’émotion plus dramatique et touchante du film. Aucun interprète ne démérite pour autant : toute la distribution retrouve ses personnages avec une grande justesse, comme si la bande d’ASK ne s’était jamais réellement quittée.
Un scénario avec beaucoup de personnalité, mais un peu monolinéaire
Malgré sa légèreté assumée, le scénario fait preuve d’une véritable originalité. Là où le prétentieux blockbuster Le Diable s’habille en Prada 2 proposait un retour particulièrement décevant, encombré de clichés et d’une nostalgie exploitée sans grande imagination, Dix pour cent, le film parvient à retrouver l’esprit de son œuvre d’origine tout en faisant évoluer ses personnages. Ce retour ne se contente donc pas de les replacer artificiellement dans les mêmes bureaux et les mêmes fonctions.
Son principal bémol réside plutôt dans l’intrigue du film réalisé par Andréa, autour de laquelle se construit une grande partie du récit, nous obligeant à suivre presque exclusivement un seul duo de talents, interprétés par Vincent Macaigne et Laetitia Casta, dont la dynamique finit par devenir assez ennuyante. Elle laisse surtout une impression de déjà-vu puisqu’elle rappelle fortement l’épisode « Julie et Joey » de la première saison, dans lequel deux acteurs chargés d’incarner des amants se comportaient comme chien et chat sur le plateau. Le procédé était alors plus vif, plus mordant et mieux adapté au format épisodique. En se concentrant presque exclusivement sur ce seul tournage, le film paraît plus statique que la série, qui faisait évoluer en parallèle plusieurs acteurs et leurs agents respectifs dans des histoires distinctes. Cette structure chorale contribuait justement à son rythme effréné et à sa richesse. Mais somme toute, ça fonctionne.
Quatre étoiles et demie sur cinq
Le film atteint presque tous les sommets de la série, et réussit là où bien des retours échouent : il retrouve ses personnages sans les figer dans le passé. Plus que ses vedettes invitées ou son intrigue de tournage, ce sont finalement ses interprètes réguliers, leur remarquable alchimie et la tendresse évidente qui unit leurs personnages qui justifient ces retrouvailles.
